Microenvironnement lymphoïde normal et pathologique

Le FL qu’est-ce que c’est ?

Le Lymphome Folliculaire (LF) est le second lymphome le plus diagnostiqué dans la population caucasienne et le plus fréquent des lymphomes indolents (Kridel et al., 2012). Malgré une excellente réponse aux traitements actuels, (association d'immunothérapie et de chimiothérapie), les patients rechutent dans la plupart des cas et 30% évoluent vers un lymphome agressif, faisant du FL un véritable problème de santé publique. Le LF est caractérisé par la translocation t(14;18) présente dans plus de 90% des cas et conduisant à l’activation constitutive de BCL2, une protéine impliquée dans l’inhibition de l’apoptose. Cependant, certaines altérations géniques récurrentes, des cellules tumorales, identifiées dans cette pathologie ne sont pas oncogéniques en soi, mais impactent le dialogue entre le LF et son microenvironnement. On retrouve ainsi des altérations de TNFRSF14/HVEM, présentes dans 30-40% des LF, ou l'introduction de sites de N-glycosylation dans la partie variable du BCR dans 90% des cas, toutes pouvant être impliquées dans l’interaction avec un microenvironnement favorable au LF (Amin et al., 2015). Notre équipe a ainsi récemment démontré dans un modèle murin de lymphome que la perte de HVEM dans les cellules B conduit dans un contexte où BCL2 est dérégulé, à une accélération de la lymphomagenèse via i) une activation directe de la prolifération des B ; ii) la mise en place d’un microenvironnement de soutien favorable (Boice et al., 2016). L’importance du microenvironnement a également été mise en évidence par de nombreuses études transcriptomiques et immunohistochimiques, révélant la présence d’une niche tumorale proche de la niche normale B des CG (centres germinatifs), mais présentant des caractéristiques spécifiques et associées à la survie et à la prolifération du LF et à sa résistance aux thérapies (Amé-Thomas and Tarte, 2014).
 
La Niche tumorale du LF une nouvelle cible thérapeutique :

La niche tumorale du LF, est en particulier caractérisée par la présence de cellules stromales lymphoïdes pro-tumorales correspondant aux fibroblastes associés au cancer (CAF) décrits dans les tumeurs solides.

Le stroma lymphoïde physiologique :

A l’état physiologique, les cellules stromales lymphoïdes sont nécessaires au sein des organes lymphoïdes secondaires à l’activation des B normaux et comprennent deux sous-types cellulaires principaux : i) les cellules fibroblastiques réticulaires (FRC) impliquées dans le recrutement des lymphocytes B et T naïfs ainsi que des cellules dendritiques matures via la production de CCL19 et CCL21 ; ii) les cellules dendritiques folliculaires (FDC) qui régulent l’entrée et la rétention dans les GC et participent à la sélection des B de forte affinité pour l’antigène. Ces cellules dérivent de précurseurs mésenchymateux locaux encore mal caractérisés chez l’Homme. Cependant, la différentiation et l’activation de ces cellules de localisation et de fonctions différentes, dépendent de deux facteurs communs non redondants: le Tumor Necrosis Factor alpha (TNF) et la lymphotoxine alpha1beta2 (LT) produits par les cellules lymphocytaires (Peduto et al., 2009; Shields et al., 2010).
 
Les résultats de l’équipe :

Notre équipe a démontré que les cellules stromales lymphoïdes présentant un phénotype FRC, sont capables de soutenir la survie des cellules B tumorales in-vitro (Amé-Thomas et al., 2007). Les cellules souches mésenchymateuses (CSM) de moelle osseuse et de tissus adipeux (ASC) (décrites comme des précurseurs des cellules stromales lymphoïdes chez la souris), mais aussi des cellules stromales d’amygdales (TSC) peuvent être induites in-vitro par une combinaison de TNF/LT à acquérir ce phénotype de type FRC (cellules FRC-like). De plus, ce phénotype FRC-like est également observé lors d’une co-culture des CSM, ASC et TSC avec des lignées B de LF ou des cellules B de LF issues de patients. Nous avons également démontré que les CSM dérivées de moelle osseuse issues de patients atteints de LF (LF-CSM) ont un profil d'expression génique particulier, et présentent notamment une signature transcriptomique caractéristique des cellules du stroma lymphoïde. De plus, ces LF-CSM possèdent spontanément les mêmes capacités de soutien des B tumoraux que des cellules engagées différenciées in-vitro en cellules FRC-like (Guilloton et al., 2012). Ces résultats suggèrent que ces LF-CSM sont engagées de façon ectopique vers une voie de différenciation en stroma lymphoïde. Nous avons également montré que la production de TNF par les cellules B de LF est associée à l'hyperexpression des chimiokines CCL2 et IL-8 responsables du recrutement de monocytes et de neutrophiles contribuant à l’établissement d’un microenvironnement de soutien dans le LF (Grégoire et al., 2015; Guilloton et al., 2012).
 
Ainsi, le microenvironnement stromal de soutien joue un rôle clé dans la lymphomagenèse à la fois en délivrant directement des signaux de croissance aux cellules tumorales et en favorisant l'organisation d'une niche cellulaire protumorale. Cependant ces cellules stromales sont encore mal caractérisées et leur étude est réalisée principalement dans des modèles de culture en 2D ou dans des modèles murins très imparfaits, limitant ainsi à la fois la pertinence des travaux menés et leur potentiel pour le design de nouvelles stratégies thérapeutiques.  Il apparaît donc important de mieux caractériser ces cellules et comprendre leur émergences, mais aussi de développer de nouvelles approches, in vitro, in vivo et in situ d’étude des ces cellules stromales lymphoïdes.
 
Les axes de recherche actuellement développés au sein du groupe Microenvironnement sont les suivants :
- Etude des aspects cinétiques spatiaux de l’interaction entre les B tumoraux et les cellules stromales
- Caractérisation des populations stromales lymphoides humaine dans un contexte sains et dans le contexte du FL
- Etude des mécanismes épigénétiques  mis en jeu dans la différentiation stromale lymphoïde et leurs régulations/dérégulations dans le stroma lymphoide pro-tumorale
- Développement d’un modèle de FL murin pour étudier les interactions entre les cellules tumorales et les cellules stromales in-vivo